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Mon enfant LGBT : «Je prends conscience que l’homosexualité n’est pas un choix»

Article paru dans Libération du 16 mai 2026

Témoignage

Pour Libé, des mères et des pères racontent la voie de l’acceptation, à la veille de la journée mondiale contre les LGBTphobies le 17 mai. Jusqu’à devenir, souvent, de vrai·es allié·es de leurs enfants homos, bis ou trans, à qui nous donnions la parole il y a deux ans pour narrer leur coming out. Aujourd’hui, Olivier, 69 ans, entrepreneur à la retraite et président de l’association chrétienne Reconnaissance, réside à Senlis (Oise). Son fils, le cinquième de sa fratrie, est marié à un homme.

«Sur les sujets LGBT, ma femme et moi avons longtemps été totalement ignares. Comme si c’était un monde parallèle, que l’on regardait de loin et même avec un peu de méfiance. On ne voyait pas que c’était une réalité qui existait aussi autour de nous. Je me disais que ça devait être des vies compliquées.

«A l’âge de 25 ans, mon fils, le benjamin de mes cinq enfants, veut jouer carte sur table. Ses frères et sœurs sont déjà au courant de son homosexualité. Mais il craint de nous faire de la peine, à nous ses parents. Nous sommes pourtant une famille qui a tendance à parler vrai. Sa fratrie lui dit de cracher sa valda. Mon fils me l’annonce. C’est un moment très fort, authentique. D’emblée, je reçois une sorte de force qui me dit : «Voilà, c’est ton fils.» Je perçois vite que ce n’est qu’un petit morceau de sa personnalité, qu’il y a plein d’autres choses de lui dans lesquelles je me retrouve. Cet aspect-là m’est inconnu mais ça ne crée pas de distance.

«Pour mon épouse Marie-Alix, c’est plus difficile. Il y a un deuil de ce qu’on projette sur nos enfants. Ça a créé une tristesse. Ma femme est plus choquée que moi mais c’est elle qui est rapidement la plus efficiente dans le fait de rendre la rencontre très concrète, de lancer des invitations pour connaître le compagnon de notre fils. On est complémentaires : ma tête l’accepte, quand son cœur de maman lui fait comprendre que quoi qu’il arrive, il faut nourrir la relation avec notre fils et son couple.

«Dans notre entourage, il n’y a pas de rejet mais il y a des silences. Aux amis qui nous en parlent, on ne cache pas que ce n’est pas rien à découvrir, qu’au départ, on est désarmés. J’ai ensuite le déclic qu’il faut passer de l’acceptation et l’accueil à la vraie rencontre, comprendre quel projet de vie mon fils et son ami veulent construire. C’est une grande découverte de l’altérité. Quand on est hétéro, on a vite fait de réduire l’altérité au féminin et au masculin, on n’est pas conscient qu’il y a un spectre qui permet de décliner beaucoup de diversité. On fait de belles découvertes. Ça m’aide aussi au boulot de ne plus projeter sur les gens un schéma type, même s’il n’y a pas besoin d’avoir un enfant homo pour être un bon manager !

«Dans le couple, ça nous ouvre aussi les yeux sur des réalités pas toujours faciles. On peut s’envoyer des petites piques, se demander ce que l’un ou l’autre a raté et ce qu’on a raté ensemble. On revisite tout et on en sort grandis. Aujourd’hui, je comprends qu’il n’y a aucun raté, mais qu’il faut faire le chemin, parce que quand notre fils nous l’apprend, on est quand même tombés de l’armoire. Lui-même a fait beaucoup de chemin pour s’accepter dans une société hétéronormée, dans un cadre où, surtout dans une famille chrétienne comme la nôtre, se construire repose sur des fondations clairement formulées. On prend du recul et on enrichit notre propre perception de la vie et du monde. Il y a beaucoup de façons d’avoir une vie féconde, même hors du schéma classique.

«Je prends conscience que l’homosexualité n’est pas un choix. On se rend, avec mon épouse, à Boulogne [Hauts-de-Seine] à un groupe de parole, créé par des chrétiens mais sans étiquette religieuse. On se rend compte que nos discussions nous sont utiles et peuvent l’être pour d’autres. On fonde une association, Reconnaissance. Il s’agit de partager autour de problématiques mais aussi de bonheurs, de parler de ses vulnérabilités, les assumer, d’être plus intelligents à plusieurs.

«A l’époque, je suis vice-président des Entrepreneurs et dirigeants chrétiens. Mon fils et son ami créent leur entreprise et je les vois décliner dans leur vie professionnelle et personnelle les principes de la pensée sociale chrétienne, où on essaye de rendre nos boîtes compatibles avec la vision chrétienne du monde, où on questionne nos décisions à la lumière de l’Evangile. Ça repose sur des principes de solidarité, de destination universelle des biens, de subsidiarité, de transformation des richesses au service du bien commun – ce qui rejoint beaucoup de principes laïques. Or chez mon fils et son ami, je vois que ces questions sont presque naturelles. Ça me montre qu’on se retrouve sur des idéaux et ça vient largement atténuer le volet de nos différences.

«A l’époque, je fais de la haute montagne. On part tous les trois en cordée. Dans des situations délicates, ils m’aident bien, une relation fraternelle très forte s’établit. C’est fondateur dans notre relation. Il faut sortir du cadre de temps en temps pour se rendre compte que les situations qui nous étonnent, les différences n’ont plus d’importance. Vivre ces choses ensemble fait progresser.

«Comme je l’ai fait pour tous mes enfants, lorsqu’il est question d’un engagement plus fort, je leur demande de passer un temps séparés pour s’assurer de leur choix. L’un part en stage à l’étranger quelques mois. A posteriori, je me rends compte que j’ai poussé le bouchon trop loin pour mon fils en raison de son homosexualité. Je leur présente mes excuses, qu’ils acceptent. Je leur en suis très reconnaissant.

«En 2023, ils se marient. Nous le vivons de façon belle et légère. C’est eux qui organisent tout, on découvre alors comment ils fonctionnent, on est admiratifs de leur capacité à communiquer ce qu’ils vivent. On rencontre la famille de son mari avec laquelle on s’entend bien, ça ouvre notre cercle. Le jour J, c’est un très grand moment de tendresse. Les discours de leurs amis et témoins nous révèlent la beauté des personnes que sont nos enfants, même si on ne l’ignorait pas. En tant que parents, on est comblés.

«Avoir un enfant homosexuel nous fait faire l’expérience forte des conditions qu’on donne à l’amour, parce qu’on éprouve la différence. La sexualité n’est pas la seule, dans une famille vous pouvez aussi rencontrer des différences de culture, faire face à de sacrées remises en cause. On parle d’amour inconditionnel des parents pour leurs enfants, là on éprouve ce que ça veut dire. On apprend aussi à déminer les sujets en famille. En tant que père, on devient presque le frère de son fils car on compte sur lui pour nous guider.

«La foi a été un soutien formidable en ce qu’elle conduit à être sincère, à éviter les faux-fuyants. Le Christ sur terre ne s’est jamais opposé à aucune des personnes qui venait le rencontrer, quels que soient leurs conditions et états de vie. Les personnes LGBT+ représentent pas loin de 10 % de la population, ce n’est pas une dérive de la société. Il faut apprivoiser ses sujets-là pour permettre qu’ils ne soient plus clivants et que l’épanouissement de chacun en bénéficie.»