Alors que le premier pèlerinage jubilaire LGBT+ accueilli au Vatican se déroule ce 6 septembre, les trois cofondateurs de l’association de parents catholiques d’enfants homosexuels Reconnaissance témoignent de leur joie devant la perspective d’une Église qui embrasse tous les croyants, sans exclusion
C’est une grande joie de voir se concrétiser avec eux l’appel que lançait le pape François quand s’annonçait le Jubilé : « L’Église est pour tous, vraiment pour tous. » Une joie à la mesure de la tristesse que peut nous inspirer le discours du magistère concernant nos enfants homosexuels. Des enfants que nous avons pourtant fait baptiser, que nous avons élevés dans la foi catholique et dont les valeurs et les aspirations ne sont guère différentes de celles du reste de leurs fratries. C’est dire combien, pour nous, ce pèlerinage n’est pas anodin. C’est en effet la première fois que l’institution, grâce à l’engagement d’une association italienne, accepte d’aller à la rencontre de baptisés dits « LGBTQIA + » et de leurs familles
Certains évoqueront – ou évoquent déjà – une Église qui renie ses valeurs, qui se soumet au diktat de sociétés occidentales permissives ou d’un lobby gay. Le débat n’est pas nouveau : au refus d’intégration d’une communauté vivant selon des pratiques et des codes différents, il oppose la volonté d’une Église ouverte à tous les baptisés
Une chance pour l’Église
Pierre en son temps, en Actes 10,9-16, avait tranché la question. Il reçoit une vision qu’il interprète comme une instruction à ne pas considérer comme impur tout ce que Dieu a purifié. Le lointain prédécesseur de François a ainsi été le premier, à la suite de cette vision, à proclamer la nécessaire ouverture à « todos, todos, todos » : « Dieu vient de me faire comprendre qu’il ne fallait déclarer profane ou impur aucun homme » (Ac 10,28). Notre pape François se demandait, à propos des personnes homosexuelles, qui il était pour juger. Comment ne pas rapprocher ce mot, si abondamment cité, de cette parole de Pierre : « Qui étais-je, moi, pour empêcher l’action de Dieu » ? (Ac 11,17). Dans tous ces versets qui aboutissent au baptême du centurion Corneille, c’est ainsi la foi en Christ ressuscité, par le don de l’Esprit, qui constitue le critère pour baptiser les nations et les juger dignes d’appartenir à la communauté naissante
Nous pouvons en témoigner, cette ouverture est une chance pour l’Église. Lors des rencontres avec les mouvements chrétiens qui rassemblent nos frères et sœurs LGBT+, nous avons été touchés par leur attachement à la figure du Christ, leur spiritualité profonde, la qualité de leur réflexion, la beauté de leur prière, l’engagement de nombre d’entre eux dans l’Église et pour le bien commun. Notre propre rapport à Dieu en a été enrichi. Loin de nous éloigner de Lui, ils nous en ont fait découvrir de nouvelles facettes. Ils nous ont ramenés au cœur des Évangiles, où c’est la rencontre avec le Christ Sauveur qui convertit, quelles que soient les situations personnelles – souvent bien en dehors des normes. Aurions-nous vécu l’évangélisation par les marges dont parlait François ?
La rencontre de Léon XIV avec le père James Martin, il y a quelques jours, a semblé aller dans le sens d’une continuité bienvenue avec le pontificat précédent. « Le message que j’ai reçu de sa part est qu’il entend poursuivre l’approche d’ouverture du pape François envers les personnes LGBTQ », a indiqué James Martin. Ainsi, la mission de l’Église pourrait pleinement s’accomplir : annoncer l’Évangile à tous, sans exclusion. C’est ce que nous célébrons dans la joie, ce week-end à Rome.