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5 questions à Olivier, père de famille

Le chemin d'un père de famille catholique, témoignage d'une ascension par une nouvelle voie !

Parents ou proches
Relations familiales

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Olivier a 65 ans et 44 années de mariage, comblées par 5 enfants tous mariés, et 15 petits-enfants. Il a été ingénieur en agriculture, puis a bifurqué vers l’informatique en créant sa propre entreprise dans l’Oise. Passionné par la mise en pratique de la Pensée Sociale Chrétienne dans la vie économique et sociale, il a beaucoup travaillée aux EDC (Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens) et en a constaté les bienfaits.

Son dernier fils a fait son coming-out à l’âge de 25 ans et s’est marié civilement avec son ami en 2022. Il répond aux questions de Reconnaissance.

 

Dans quel contexte est arrivé le coming-out de votre fils ?

En 2013, nous avons participé significativement aux manifestations contre le mariage pour tous. Un de mes gendres aînés pratiquant, ouvert sur le monde et réfléchi, me dit un soir où je reviens de Paris : « Olivier, êtes-vous certain qu’il s’agit d’un bon combat ? ».

Puis vers 2015, ma femme constate des changements, des blocages dans la relation avec notre fils et s’en inquiète ; avec mon optimisme débordant et pas toujours clairvoyant, je la rassure et pars faire de la haute montagne avec lui (belle ascension du Mont Blanc), nous vivons des moments magnifiques. Il ne me parle de rien.

Quelques mois plus tard, il part faire un trip de 8 mois en vélo de Ushuaia à Bogota avec un ami et nous les rejoignons en Argentine… et sommes aveugles.

En juin 2017, la veille de son coming-out, il m’avait demandé de lui réserver une soirée ; je suis intérieurement préparé à recevoir cette nouvelle ; je prie « Jésus, passe devant moi et ouvre mon cœur et mon intelligence ». Lors de notre rencontre je me découvre prêt à l’amour inconditionnel pour mon fils. C’est beaucoup plus difficile et heurtant pour ma femme.

 

Comment avez-vous vécu et accueilli cette annonce en tant que parents ?

Il s’en est suivi deux années de cheminement où nous avons traversé toutes les phases du deuil du projet familial dont nous rêvions pour notre fils. Notre couple a vécu des moments exigeants, décapants, car le passage de la culpabilité à l’acceptation puis à la reconnaissance du potentiel du couple de notre fils et de son ami ont pris du temps.

Nos autres enfants avaient été au courant bien avant nous et ont accueilli cette réalité avec réalisme et confiance. Nos gendres notamment ont été sans cesse artisans d’un dialogue fécond et ont contribué à la transformation de la famille par l’accueil bienveillant de cette différence.

En 2018, comme nous l’aurions fait pour un enfant hétéro qui nous aurait présenté un potentiel conjoint dont nous douterions, nous avons cherché à éprouver, vérifier la solidité de l’amour de notre fils et avons convenu avec lui d’une séparation temporaire et d’un travail sur lui pour qu’il consolide qui il est dans le respect de son identité propre. Tous deux ont joué le jeu et cette séparation de plus de 6 mois a confirmé leur attachement.

Pendant cette période, les échanges très confiants au sein du groupe de parole de la Maison des Familles à Boulogne Billancourt, les apports très pertinents et à bonne distance d’une psychothérapeute dans ce groupe, nous ont considérablement aidé.

 

Quel regard portez-vous aujourd’hui sur l’enseignement doctrinal de l’Eglise catholique ?

Je me suis penché sur ce que dit la doctrine de l’Eglise à propos de la situation de mon fils… et je suis choqué par son inadaptation à la réalité et par ses conséquences qui excluent ; je l’envoie donc promener comme nous l’avons d’ailleurs fait à propos d’Humanae vitae et de la contraception.

Je privilégie la foi en Jésus-Christ à la doctrine actuelle en matière de sexualité ; nous sommes par ailleurs encouragés par les rencontres ou témoignages de couples de même sexe, chrétiens engagés et féconds socialement.

Notre coming-out de parents pourtant délivré avec parcimonie est diversement reçu … le soupçon de permissivité est parfois bien proche…  « Qu’avez-vous fait de vos valeurs ! Si on vous suit tout va partir à vau-l’eau et ça finira par une GPA ! ».

 

Et concrètement, comment se vivent les relations familiales depuis qu’il vous a présenté son ami, devenu son mari ?

Je suis reparti à 4000m, en haute montagne mais cette fois avec notre fils et son ami et j’ai accueilli ce dernier comme un fils. Il me l’a bien rendu.

De son côté, aidée par ses filles, ma femme a pris beaucoup d’initiatives concrètes en famille qui accueillent et facilitent la reconnaissance des richesses des garçons. Ils ont tous les deux créé une entreprise et nous nous sommes tous retrouvés chez eux pour un rassemblement familial un long week-end de juillet 2021.

Leur couple s’épanouit plus facilement dans un contexte familial fraternel, bienveillant et trouve beaucoup de paix et de joie dans ces relations. Nous constatons que leur altérité est féconde, source d’harmonie et de beaux projets professionnels. Ils sont altruistes et généreux et ce sont des oncles attentifs pour nos petits-enfants.

Et maintenant leur mariage remet leur différence au-devant de la scène et nous amène à approfondir le dialogue sur leur projet de vie et sur leur fécondité… le chemin continue.

 

Quelle relecture faites-vous après ces années de cheminement en chrétien, sur ce sentier non balisé ?

Même si leur cœur est ouvert, les parents souffrent et ne sont pas spontanément préparés à vivre la découverte des fortes différences d’état de vie de leurs enfants. Il est nécessaire de s’équiper et de trouver un cadre de progrès personnel et conjugal dans la bienveillance.

Le regard des autres est toujours un sujet car on ne peut pas demander à tous de vivre les étapes du coming-out. Pourtant le respect et la confiance doivent être promus contre l’ignorance et l’exclusion ou la condescendance envers ce qui est encore perçu par certains comme une anormalité.

Comme père, j’ai découvert la profondeur et la richesse de la fraternité. J’ai été transformé, j’ai vécu une véritable conversion grâce à un abandon actif et priant à la volonté du Christ dont je découvre toujours davantage qu’il me précède dans la vie.

Pour des parents, accompagner des enfants hétéro ou homo dans leur vie affective demande de relire sa propre vie, de se former, de beaucoup écouter et dialoguer et de continuer à vivre en famille des expériences vivantes et concrètes où la fraternité familiale peut continuer à grandir. Finalement pour des parents, accompagner des enfants hétéro ou homo n’est pas si différent ; il y a des points de repères qu’il faut connaître et apprivoiser, de nouvelles questions et de l’expérience à acquérir.

Je suis aujourd’hui engagé dans l’association Reconnaissance qui vise à réduire les souffrances dues à l’incompréhension d’un ordre affectif et sexuel différent et à faire reconnaître la pleine dignité des personnes et des couples de même sexe dans l’Eglise.