Sarthe (72) – Diocèse du Mans

Nous sommes mariés depuis 40 ans, nous avons 5 enfants âgés de 25 à 39 ans. Nous sommes depuis notre adolescence, l’un et l’autre, animés par une foi profonde et engagés dans l’Église.

Notre quatrième enfant et seconde fille, Marie, vit à Manchester avec sa compagne Lorna depuis septembre 2016. Ce qui était au départ une année de césure en colocation est rapidement devenue une évidence. Marie nous a appris sa liaison avec Lorna en décembre 2018.

Comme dans beaucoup de familles nous avons été très surpris face à cette annonce que nous n’attendions pas : peurs, colère, déception de n’avoir pas su ou pu accompagner Marie au moment où elle a découvert son homosensibilité, mais aussi une certaine fierté vis-à-vis de nos autres enfants qui savaient depuis plus longtemps et de la confiance qu’ils ont entre eux.

Notre cheminement a été assez rapide, dans les deux mois qui ont suivi l’annonce même si, ouverts à la différence, nous n’étions pas forcément prêts à ce que cela se présente chez nous ! Nos premières paroles à Marie furent : « Ça ne va rien changer à l’amour qu’on te porte. Nous resterons toujours fiers de toi ». Notre second fils a bien tempéré les choses, nous disant : « Il n’y a rien de grave, il n’y a que de l’amour. C’est pas grave l’amour ! » , comme les réactions positives de nos autres enfants.

Nous avons même pu dire un jour à Marie : « Merci de nous permettre de vivre cela » parce que forcément ça a changé notre regard sur la différence. On la respectait énormément mais c’est encore plus fort à présent.

Dès le début, nous avons eu le réflexe de nous tourner vers des personnes ressources (famille, prêtres, amis…) et leurs paroles nous ont aidés à avancer.

Nous avons eu cette grande chance que cela soit bien accueilli dans nos deux familles (grands-parents, frères et sœurs, neveux et nièces) : aucune réflexion malveillante, aucune résistance, les filles sont bien intégrées dans les deux familles.

Nos amis ont accueilli cela avec beaucoup de bienveillance, ça n’a pas posé de problème. Beaucoup nous ont dit que la génération de leurs enfants (20-40 ans) était très confrontée à cette réalité et que ça ne semble pas leur poser de problème.

Aujourd’hui, il n’y a pas de différences pour nous entre le couple « des filles » et les quatre autres couples de nos enfants. Le chemin est différent, c’est tout.

Cela nous appelle à faire changer le regard des gens sur ces personnes qui ne sont pas malades mais seulement différentes (et encore, on est tous différents…), qui ne sont pas déviantes. Changer le regard et non vouloir changer les personnes !

Par rapport à notre foi, nous considérons que ce n’est pas Dieu qui nous enverrait une « épreuve » pour nous donner la mission de faire changer le regard de nos frères sur cette situation, c’est parce que nous vivons cette situation sereinement et dans la foi que nous nous sentons appelés à témoigner pour que les personnes homosensibles ne soient plus stigmatisées mais reconnues et acceptées dans leur différence.

En novembre dernier, nous avons participé au colloque organisé par  Reconnaissance sur le thème « Homosexualité, quoi de neuf dans les familles et dans l’Église ? » Nous avons été impressionnés par la profondeur des réflexions et la qualité des productions de l’association. Cela nous a poussés à nous engager comme référents de Reconnaissance dans notre diocèse pour proposer une écoute à des parents ou des familles qui en auraient besoin.