Textes

« J’étais un étranger, et vous m’avez accueilli »

Texte lu lors d'une veillée de prière interreligieuse LGBT+ - Juin 2026

Frédéric Roux, prédicateur laïc à la paroisse protestante de Montparnasse Plaisance

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Texte : Matthieu 25, 35-40

« Mes sœurs, mes frères, mes adelphes, compagnes et compagnons de vie,

Nous voici rassemblés aujourd’hui à la croisée de deux chemins que le monde, dans sa myopie et ses peurs, a trop souvent décrétés inconciliables: le chemin de la foi et celui de la Marche des Fiertés.

Pour beaucoup d’entre nous, ce croisement s’est arraché au prix de larmes secrètes et de combats intérieurs déchirants. On nous a trop souvent dit qu’il fallait choisir entre notre vérité intime et notre soif d’Absolu. Pourtant, l’Évangile selon Matthieu vient briser toutes les logiques d’exclusion. Ce récit nous projette dans un face-à-face avec la Vérité nue, où les critères du sacré sont radicalement renversés.

Écoutons à nouveau ces mots : « Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez vêtu ; j’étais malade, et vous m’avez visité; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi. »

Dans ce texte fondamental, une seule question demeure : Qu’as-tu fait de ton frère, de ta sœur, de ton semblable qui était exclu ?

Le premier scandale libérateur de ce texte réside dans l’identité de Celui qui parle. Le divin ne se manifeste pas dans la splendeur des palais, ni dans la certitude de ceux qui dictent les normes. Le Christ prend la parole pour dire : «J’étais l’affamé, j’étais le prisonnier, j’étais l’étranger. » Dieu déserte les trônes pour s’installer précisément là où la société rejette et détourne le regard.

Pour la communauté LGBTQIA+, ce mot, « étranger », possède une résonance intime et douloureuse. L’étranger, c’est celui dont on refuse de comprendre la langue, celui que l’on regarde avec suspicion celui qu’on emprisonne. Combien d’entre nous se sont sentis un jour « étrangers » au sein même de leur propre famille, sommés de cacher leur cœur pour avoir le droit d’élever leur âme ?

Face à ce rejet, la grande voix juive de Simone Veil nous rappelle une règle d’or de l’humanité :

« Le premier devoir est de ne pas détourner le regard devant la souffrance d’autrui. L’indifférence est le seul vrai péché. »

Le texte de Matthieu vient essuyer nos larmes en énonçant cette vérité : lorsque vous étiez exclus, le Souffle divin n’était pas du côté des juges ni des bâtisseurs de murs. Il était assis à vos côtés, dans l’ombre de l’exclusion.

 Aller vers l’exclu, ce n’est pas faire une œuvre de charité condescendante. C’est aller recueillir la lumière divine qui s’est réfugiée chez ceux que l’on a méprisés, et se laisser éclairer par elle.

Mes amis, la parole de Matthieu 25 s’achève par une formule qui retentit comme un mandat d’action pour nos vies: « En vérité, je vous le dis, dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. »

Les « plus petits » désigne ceux que l’on a rendus petits à force d’insultes, de silences complices et de regards froids. En ce jour de célébration, notre engagement spirituel doit être d’une clarté limpide: nous ne pouvons pas prétendre honorer Dieu si, dans le même mouvement, nous rejetons Ses enfants.

  • Quand une jeune personne trans trouve autour d’elle un espace de sécurité et un respect absolu de son être, c’est le Divin que l’on accueille.
  • Quand un être humain est protégé contre la violence de l’homophobie, c’est l’humanité sainte que l’on guérit.
  • Quand une personne peut enfin dire « Je suis » sans craindre le jugement, c’est la Création tout entière que l’on honore.

Que nos chemins spirituels respectifs, nourris de nos héritages divers, redécouvrent ce qu’ils sont dans leur essence originelle : des oasis de paix inconditionnelle, où personne n’est sommé de s’excuser d’exister ou d’aimer.

Marchons ensemble, la tête haute, le cœur ouvert, avec fierté et avec foi, enrichis par notre diversité. Car c’est sur le visage de l’exclu d’hier, transfiguré par l’amour et la solidarité, que brille et brillera toujours la lumière la plus pure du Dieu vivant.

Amen. Shalom. Salaam.